Chapitre IV

La Civette de Metz

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Étymologie

Étrange destin que celui d'un mot. Avant d'orner les devantures de nos buralistes, la civetteétait un petit mammifère carnivore originaire d'Afrique et d'Asie, célèbre pour le musc précieux que sécrètent ses glandes — substance prisée depuis le XVIe siècle par les parfumeurs.

I.

L'animal & le musc

La civette africaine sécrète un liquide musqué à l'odeur tenace. Dès le XVIᵉ siècle, les parfumeurs s'en servent pour fixer leurs essences. La substance vaut alors son poids d'or aux foires d'épices.

II.

Du parfum au tabac

Le précieux musc sert bientôt à aromatiser et conserver le tabac à priser. Les feuilles parfumées « à la civette » deviennent un produit recherché, prisé des amateurs raffinés et des cours européennes.

III.

Une enseigne, un mot

En 1716, à Paris, un débitant de tabac proche du Louvre choisit pour enseigne « À la Civette ». Le succès est tel que le terme finit par désigner, par antonomase, l'ensemble des débits de tabac de qualité.

Filiation

Du désert d'Arabie aux comptoirs messins, la civette a voyagé près de huit siècles avant de trouver sa carotte rouge.

arabe

zabād — l'écume, le musc, la matière onctueuse. qaṭṭ az-zabād, le « chat à musc ».

1467

Le mot passe en français via le catalan civeta et l'italien zibetto, désignant l'animal puis sa précieuse sécrétion.

XVIᵉ s.

La civette parfume le tabac à priser. Le commerce du « tabac à la civette » prospère à la cour.

1716

Ouverture, rue Saint-Honoré à Paris, de l'enseigne À la Civette — qui donnera son nom au commerce.

XIXᵉ s.

Par antonomase, le mot devient le nom commun d'un débit de tabac de qualité — sens qu'il garde aujourd'hui.

Aujourd'hui, le mot est devenu rare — un peu suranné, comme la carotterouge qui les signale encore. Il a pourtant gardé tout son prestige auprès de ceux qui savent : la civette n'est pas un simple bureau de tabac, c'est une maison de conseil, une cave, un lieu de transmission.

L'ancrage messin

Pendant deux siècles, la ville de Metz a porté le tabac autant qu'elle l'a consommé. D'un ingénieur visionnaire né lycéen messin au quartier de la Manufacture reconverti aujourd'hui, le fil n'a jamais vraiment été coupé.

1812

Naissance d'Eugène Rolland

Le 9 août, naît à Metz l'ingénieur qui placera la France au premier rang technique de l'industrie du tabac. Lycée de Metz, puis Polytechnique, puis trente-sept années à la Régie des Tabacs (1844-1881). Inventeur de la machine à torréfier, il dessinera le plan-type des manufactures françaises.

1865

Le vote du Conseil municipal

Metz décide de financer la construction d'une grande Manufacture des Tabacs sur le front Saint-Vincent. Le choix de l'ingénieur en chef est évident : ce sera Rolland, l'enfant du pays.

1868–1870

Le front Saint-Vincent

Les bâtiments s'élèvent rue Belle-Isle, à deux pas de la Moselle, sur d'anciens terrains militaires. 25 000 m² à la pointe technique mondiale, prêts à produire — juste avant que tout ne bascule.

1870–1871

L'hôpital, puis la frontière

À peine achevée, la Manufacture sert d'hôpital pendant le siège de Metz. La ville capitule le 28 octobre 1870. L'Alsace-Moselle devient allemande. Le bâtiment ne produira pas une once de tabac sous régime français.

1871–1918

La parenthèse allemande

Pendant quarante-sept ans, la Manufacture devient bureau des douanes du Reichsland. Les officiers de la garnison allemande importent leur culture du cigare ; une ordonnance militaire de janvier 1871 contraint les habitants logeant des soldats à leur fournir tabac et cigares. Le cigare s'enracine messin par la force des choses.

1919

La renaissance française

Au retour de la Moselle à la France, la Manufacture commence enfin à produire — près d'un demi-siècle après son achèvement. Scaferlati, cigarettes, atelier de cigares : Metz se met enfin à fumer ce qu'elle fabrique.

1929

Le Longchamp ouvre place du Quarteau

La civette qui sera reprise bien plus tard par notre Tim lève son rideau. La même année, la Manufacture franchit le seuil des cent ouvriers. Metz devient un nœud du tabac français.

1937

Le siège de la SEITA

La Société d'exploitation industrielle des tabacs et des allumettes choisit Metz pour y établir son monopole national de production de cigarettes. Pendant des décennies, le tabac fumé en France passe en partie par les ateliers de la rue Belle-Isle.

1939–1945

Réquisition et reprise

Pendant l'Occupation, la Manufacture est à nouveau réquisitionnée par les Allemands. Une partie des archives part en fumée. La production reprend à la Libération en 1945.

Juin 2010

L'arrêt

La production cesse définitivement. Plus d'un siècle d'industrie messine du tabac s'achève. Les ouvriers, les machines, les odeurs de feuille fermentée — tout s'efface, mais la pierre reste.

2023

La mémoire reconvertie

Après treize ans de chantier, l'ancienne Manufacture devient un quartier ouvert sur la Moselle : 284 logements, commerces, deux places piétonnes. La pierre garde le nom — la Manufacture restera la Manufacture, même quand elle ne fume plus.

Aujourd'hui

Le fil tient bon

Deux civettes messines — Le Longchamp, place du Quarteau, et Le Diplomate, rue aux Arènes — perpétuent un savoir qui n'a jamais vraiment quitté la ville. Helix s'inscrit dans cette continuité, deux siècles après Rolland.

Deux civettes messines, deux tempéraments — un même amour du beau cigare.

— Esprit du club

Civette n° I · Place du Quarteau

Tim, repreneur du Longchamp

— Tim, le Jet-Setteur —

Tim — l'élégance discrète

Repreneur du Longchamp · Membre du club Helix

Sur la place du Quarteau, à deux pas de la place Saint-Louis, dans l'une des plus anciennes civettes de Metz, Timtient boutique avec ce mélange de précision et de bonne humeur qu'on lui connaît au club. Une cave riche, un œil sûr, et le don rare de raconter chaque vitole comme une petite histoire.

La maison fut fondée en 1929. Reprise et transmise au fil des générations, elle a connu son grand essor sous l'enseigne actuelle, le Longchamp — chère au cœur de notre Président d'Honneur Gilles, qui l'a longtemps tenue avant d'en confier les clés à Tim. Une histoire de filiation, donc, que l'on retrouve dans le soin apporté au choix des références : havanes classiques, terroirs du Nouveau Monde, raretés cubaines et belle sélection de rhums des Caraïbes.

Tim vous accueille avec cette aisance discrète qui fait les bonnes maisons : ni cérémonieuse, ni convenue. On y vient pour acheter un cigare, on en repart avec un conseil — parfois une amitié.

Le Longchamp

35, place du Quarteau — 57000 Metz

03 87 75 70 21

À deux pas de la place Saint-Louis

Civette n° II · Rue aux Arènes

Émile — le geste du torcedor

Patron du Diplomate · Membre du club Helix

Rue aux Arènes, à deux pas de la Nouvelle Ville, Émilea fait du Diplomate l'une des belles surprises messines. Plus jeune des deux maisons, mais tenue avec le même soin, la civette a vu sa cave à cigares s'étoffer ces dernières années sous son impulsion — et cela se sait.

L'accueil y est devenu une signature : courtois, souriant, généreux en conseils. Émile parle des cigares comme on parle d'un bel ouvrage — il en raconte volontiers les histoires, les terroirs, les particularités. Pour offrir un module à un proche ou pour s'aventurer hors des sentiers battus, c'est une adresse de choix.

Au club, on connaît la passion d'Émile pour le geste du torcedor — celui de l'artisan qui roule la feuille avec patience. C'est cette même attention au détail qu'il met dans la sélection de ses vitoles, faisant du Diplomate une civette à hauteur d'homme, où l'on apprend autant qu'on achète.

Le Diplomate

75, rue aux Arènes — 57000 Metz

03 87 66 47 42

Quartier de la Nouvelle Ville

Émile, patron du Diplomate

— Émile, le Torcedor —

Une civette, ce n'est pas un comptoir : c'est une cave, une école, et un peu de la mémoire d'une ville.

— Sagesse du club